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Le nouvel Economiste.fr - Radio numérique terrestre, un silence assourdissant


Rédigé le Mardi 29 Juillet 2014 à 16:54 | Lu 53 commentaire(s)



Le nouvel Economiste.fr - Radio numérique terrestre, un silence assourdissant
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La RNT sera-t-elle le prochain crash industriel de l’univers des médias ? Trop tôt pour l’affirmer. Contre vents et marées, la radio numérique par voie hertzienne, – la petite sœur de la TNT -, vient de voir le jour dans quelques agglomérations françaises. A Paris, Marseille et Nice. Certes les débuts sont timides. Près de 85% des radios composant le paysage FM ne participent pas en effet à l’aventure. Aucunes des premières stations nationales, quelles soient privées ou publiques, ne sont présentes. Pas de RTL, de France Inter, de NRJ et encore moins d’Europe 1 ou de RMC. Beaucoup d’opérateurs en effet en jugent l’investissement trop lourd et redoutent son impact sur les modèles publicitaires. La RNT n’a pourtant pas que des inconvénients : sa gratuité et sa diversité n’étant pas des moindres.Le sujet est au final éminemment politique. Et le Conseil supérieur de l’audiovisuel remettra son rapport sur le sujet à la rentrée.
Dans un paysage médiatique aux allures de Verdun, la radio fait mieux que résister au déluge de feu numérique qui frappe très durement presse écrite et télévision. Aussi simple qu’iconoclaste dans la période actuelle : la radio va bien. La preuve par les chiffres : 99,6 % des Français de plus de 13 ans ont au moins un support radio, les équipements des foyers en récepteurs radios n’ont jamais été aussi élevés – en moyenne 9,6 par foyers –, plus de 43 millions de personnes allument chaque jour leur poste de radio, la durée d’écoute moyenne reste stable à 2 h 58 par jour, et les recettes sont en constante hausse. Selon Kantar Média, les investissements publicitaires bruts des annonceurs en radio ont augmenté de 7,4 % en 2013 à à 4,3 milliards d’euros. Et sur la dernière décennie de 2 milliards d’euros ! “Le marché de la radio demeure un petit marché publicitaire. Les temps sont durs pour nous aussi”, tempère Michel Cacouault. Le président du Bureau de la Radio préfère rester prudent et relativiser ce succès comparativement aux chiffres de la presse et de la télévision, respectivement de 5,1 et 8,7 milliards d’euros. En omettant toutefois le fait que le sol est en train de se dérober sous les pieds des médias écrits traditionnels– la presse magazine et la presse régionale sont à leur tour frappées par le tsunami numérique –, et que les nuages annonciateurs de temps difficles s’amoncellent sur les opérateurs de télévision – arrivée sur le sol français du géant américain du streaming Netflix et passage sur la TNT gratuite de nouvelles chaînes. Un profil bas qui va de pair avec l’extrême discrétion qui entoure le lancement de la RNT, et en toile de fond le débat sur son modèle économique.

Un lancement en catimini

Le 20 juin dernier, après une décennie d’interminables tractations, la RNT a ainsi vu le jour en France. Un très bref micro-trottoir suffirait pour savoir que personne n’est vraiment au courant. À vrai dire, il n’est même pas certain que les Français sachent de quoi il s’agit. La TNT oui. Mais la RNT ? La radio numérique est une radio au signal enrichi. Le numérique apporte à la radio ce que le CD a apporté à la musique sur disque vinyl : qualité et services. Sachant que si la radio numérique existe depuis longtemps via satellite ou Internet, la RNT permet désormais sa diffusion en mode hertzien. Les grands réseaux nationaux privés – Lagardère Active (Europe1, Virgin Radio et RFM), NRJ (NRJ, Chérie FM, Nostalgie et Rires & Chansons), RTL (RTL, RTL2 et Fun Radio) et NextradioTV (RMC, BFM) – et le groupe public Radio France (7 chaînes nationales) ne sont pourtant pas de la partie. Évidemment, lancer un nouveau produit sans 85 % de l’audience oblige à une certaine discrétion. “Malgré les chausse-trappes des groupes privées, la frilosité du gouvernement et le manque de courage du Conseil supérieur de l’audiovisuel, la RNT est lancée. C’est le principal, c’est un succès”, se réjouît néanmoinsJean-Eric Vialli, président du GIE Les Indés Radio. Dans les faits, une dizaine de radios indépendantes sélectionnées par le CSA en 2012 émettent à Paris, Marseille et Nice. Ces lancements complètent les expérimentations toujours en cours dans les agglomérations de Nantes et Lyon. Au final, une infime partie seulement des auditeurs est donc touchée à l’heure actuelle.

Les atouts ne manquent pas

La diffusion de la radio en numérique hertzien (terrestre) présentequelques avantages. Même aux yeux de Michel Cacouault, le porte-parole du Bureau de la Radio. La possibilité d’une meilleure couverture nationale en est un. Selon le CSA, dans certaines zones, notamment frontalière, les auditeurs pourraient bénéficier avec la RNT d’un doublement, voire d’un triplement de l’offre de fréquences et d’écoute. Antoine Baduel, PDG de Radio FG témoigne : “La bande FM est complètement saturée. Certaines radios ont une vocation nationale mais doivent se contenter d’un réseau multivilles. La RNT offre des perspectives. Désormais, nous sommes disponibles dans l’agglomération marseillaise”.
Autres avantages : la qualité du son et l’accès à de nouveaux services interactifs. La radio numérique déjà disponible sur smartphone donne une bonne idée de ce qu’il est possible de proposer en terme de fonctionnalité et d’interactivité.
Troisième atout enfin : la gratuité. “Pas d’abonnement à un opérateur de télécoms, pas de carte SIM, il n’y a rien à payer. Le numérique terrestre reprend le même principe que la FM : on allume un appareil et on écoute gratuitement des programmes”, insiste Jean-Eric Vialli.

Les inconvénients non plus

Du côté des sceptiques, les arguments ne manquent pas non plus. Primo : la diversité existe déjà. “L’arrivée de la FM dans les années 80 a créé la richesse de l’offre de radios que nous connaissons aujourd’hui”, estime Michel Cacouault. Le pays compte en effet plus de 120 radios FM significatives.
Deuzio : les impacts économiques. Pour les grands réseaux nationaux, la radio numérique terrestre constitue clairement une menace. D’abord en terme de recettes, en l’occurrence de partage du gâteau publicitaire. Ensuite de coûts, puisque le numérique terrestre génère des charges d’exploitation nouvelles et conséquentes. Ce mode de diffusion nécessite une numérisation de l’émission du signal. Pour la location de ces équipements, “il faut compter 4 millions d’euros par an et par radio” estime Michel Cacouault. NRJ par exemple devrait ainsi débourser une quinzaine de millions d’euros par an pour ses quatre radios. Sans compter des coûts de double diffusion à supporter du fait des délais d’installation et de renouvellement du parc. Les 120 millions de postes radio présents dans les foyers ne sont en effet pas compatibles. Pour capter la RNT, de nouveaux récepteurs, dit “DAB” pour Digital Audio Broadcasting, sont nécessaires. Leur prix ? À partir d’une cinquantaine d’euros. “Pour nous, il n’y a pas d’économie viable sur la RNT. Nous ne sommes pas les seuls à le dire : même le groupe Radio France et l’État n’en ont pas reconnu la pertinence en préférant s’abstenir”, poursuit le porte-parole.
Dernier argument, et de taille : la radio est déjà numérique par Internet. Il est vrai que l’environnement technologique s’est considérablement développé. Selon le CSA, plus de 9 Français sur 10 accèdent déjà à la radio à travers un “support multimédia”, autrement dit l’ordinateur, le téléphone ou le téléviseur. Six millions de Français écoutent quotidiennement la radio sur l’un de ces trois supports, ce qui représente 10 % du volume d’écoute, selon Médiamétrie. Le smartphone se classe en tête avec 2,6 millions d’auditeurs, suivi de l’ordinateur (1,9 million) et du téléviseur (1,2 million).

Les facteurs déclenchants

Cette situation quelque peu anachronique peut-elle évoluer ? La radio numérique terrestre va-t-elle se développer durablement en France , ou au contraire connaître le même sort que celui de la télévision mobile personnelle (TMP), lancée en 2007 mais qui n’a pu voir le jour faute de modèle économique probant ?
Le président du CSA Olivier Schrameck s’est engagé à remettre un rapport sur la RNT à la rentrée. Le sujet n’est pas simple. En témoigne le coup gueule des industriels fabricants d’appareils : “dans les conditions actuelles, ce sera sans nous”, ont-ils annoncé par l’intermédiaire de leur syndicat le Simavelec, en pestant contre les obligations imposées. En l’occurrence : devoir intégrer dans leurs appareils deux technologies d’émission, la norme internationale DAB+ et le T-DMB, spécifique à la France. Une contrainte qui entraîne à l’évidence des surcoûts sur l’ensemble des gammes. “Un radio-réveil n’a pas besoin de deux technologies !” Pour les industriels, il faut laisser faire le marché tout en définissant un plan d’ensemble de déploiement national. National, le mot est lâché. “Sans plan de déploiement et sans vision globale et partagée, la situation n’évoluera pas, prédit de son côté Michel Cacouault, du Bureau de la Radio. L’avenir de la radio passe en fait par Internet. La RNT est un échec dans la plupart des autres pays du monde [voir encadré]”, ajoute-t-il.
Un avis que ne partagent bien évidemment pas les représentants des radios indépendantes. Tarek Mami, secrétaire national du Sirti, le Syndicat interprofessionnel des radios et télévisions indépendantes, élève le débat à un niveau politique. Il préconise deux mesures pour “enclencher un cercle vertueux de la RNT”. Que le CSA délivre d’autres autorisations de déploiement. “Pour aller vite : nous demandons de passer les deux villes de Lyon et Nantes de l’expérimentation à l’autorisation, et d’y adjoindre les zones dites ‘frontières’, là où il y a des problématiques de fréquences : Lille, Bordeaux, Strasbourg et Toulouse.” Et que le groupe Radio France rejoigne la RNT sur les zones de diffusion sélectionnées. “La présence de l’audiovisuel public est une garantie de succès. Elle incitera aussi les acteurs nationaux privés à se lancer”, estime-t-il.

La diffusion numérique par internet

C’est un fait, la numérisation du média radio passe aujourd’hui majoritairement par Internet. Cette solution est à la fois satisfaisante et insuffisante. Les réseaux Internet autorisent de nouveaux usages et services de la radio, plus riches, plus variés, plus interactifs. Mais ils ont un prix : celui de l’accès. De fait, la radio numérique telle qu’elle est proposée aujourd’hui est un média payant. Dire que l’avenir de la radio passe par l’IP revient, pour les grands éditeurs radios, à faire supporter les coûts de la digitalisation du média par les autres ! À savoir les entreprises télécoms d’une part, et les utilisateurs d’autre part, via les abonnements Internet et mobile. Une approche qui permet d’alléger les investissements dans le numérique, et de mieux monétiser les audiences. Car à la différence du numérique hertzien, qui est une technologie anonyme, Internet permet le recueil des données, et favorise un marketing et une publicité digitale ciblée. Mais miser sur une radio numérique 100 % Internet, c’est aussi accepter d’accueillir un invité supplémentaire à la noce : les opérateurs télécoms, qui deviennent alors de facto des diffuseurs privilégiés des programmes. “Avec Internet, nous devenons tributaires de ces industriels, reconnaît Michel Cacouault. Nous avons rencontré les quatre grands fournisseurs d’accès et opérateurs mobiles français. Nous sommes en pourparlers pour des garanties de diffusion.” Tractations nécessaires car sur le Web, plus il y a d’utilisateurs, plus la diffusion coûte cher, et les opérateurs télécoms refuseront de démultiplier leur réseau gratuitement sur tout le territoire. Auquel cas le reste du pays devrait donc se contenter d’une bande FM analogique à bout de souffle.
Le média radio est à la croisée des chemins. L’enjeu ? Éviter une profonde fracture radiophonique, tout en résolvant l’équation économique de la RNT.

La RNT dans le monde
Un développement contrasté Selon le WorldDMB Forum, 20 pays disposent de service de radio numérique terrestre, 15 pays procèdent à des expérimentations et 14 ont manifesté un intérêt. Parmi les réussites : la Corée du sud, leader mondial avec 80 % de taux de couverture du territoire, 50 % de taux de pénétration et 60 millions de ventes cumulées de récepteurs depuis 2009. En Europe, le Danemark et la Suisse ont largement adopté la RNT : plus de 90 % de taux de couverture et 1 million d’appareils vendus dans les deux pays.
Parmi les pays de taille comparable à la France, les succès sont beaucoup mois francs. L’Espagne, qui a pourtant commencé ses premiers déploiements en 1998, n’atteint que 20 % de taux de couverture. L’Allemagne revendique une couverture plus importante : 90 %. Mais moins d’1 million d’appareils ont été vendus… À noter toutefois la dynamique de l’industrie automobile : la quasi-totalité des constructeurs proposent des équipements RNT embarqués. Reste le cas du Royaume-Uni. Pionnier en terme de déploiement (1995), il affiche 94 % de couverture, 46 % de taux de pénétration des foyers et 17 millions de récepteurs commercialisés. Après des débuts prometteurs, la mauvaise qualité du signal “indoor” et la concurrence d’Internet changent la donne. Le Royaume-Uni a finalement renoncé à décider d’une date d’arrêt pour la diffusion analogique…
Les États-Unis ne sont pas absents. Ils ont opté pour un mode “hybride” mêlant analogique et numérique et commercialisé sous la marque “HD Radio”, ce qui en fait un cas à part. Selon le Bureau de la radio, le taux d’équipement est de seulement 4 % de la population. Et l’association de rappeler : “partout dans le monde, l’éclosion de la RNT a été soutenue financièrement, sous forme soit de lourdes subventions publiques [par la participation de radios publiques, ndlr], soit d’aides privées significatives”. Ce qui n’est pas (encore ?) le cas en France…

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